Quand couleur, beauté, magie et enfance s’invitent dans l’Allemagne de 1944…

Quel rafraîchissement de rentrer dans la salle de cinéma et de ne pas voir le temps passer, trop absorbée par un récit aussi beau que drôle et dramatique.
Jojo Rabbit nous offre une histoire décalée et dramatique, à travers les yeux d’un enfant de 10 ans adulant nul autre qu’Adolf Hitler. Point de départ interpellant, le résultat final est percutant… émouvant !

A travers des plans semblables à des peintures, des images métaphoriques et des couleurs vives, le réalisateur, Taika Waititi, nous plonge dans une esthétique très poétique, en contradiction ou total adéquation avec ce qu’il se passe et les propos tenus à l’écran.
Je pense notamment à une scène où le spectateur est mis dans une position de voyeur et que plusieurs plans de maisons s’enchaînent. Rien de particulier, me direz-vous ! Si ce n’est pour la structure des maisons qui semblent avoir des yeux et observer la scène également. Cette manière de faire vient accentuer la sensation de voyeurisme du film, mais permet aussi de rappeler qu’il s’agit d’une époque d’insécurité et de manque de confiance envers nos voisins, de peur d’être espionné et dénoncé à la Gestapo.

Les couleurs vives donnent ce côté enfantin au film. Les plans de la nature rappellent des peintures, avec un ciel bleu éclatant, un champ vert éblouissant, presque irréel, ce qui donne ce côté nostalgique, magique, de l’enfance.
Ce film, par son esthétique visuelle et son histoire, m’a rappelé deux autres films incontournables : Toto Le Héros de Jaco Van Dormael (esthétique) et La Vita è Bella de Roberto Benigni (côté absurde de l’humour dans une situation dramatique).

Je suis allée voir ce film sans avoir regardé de bande-annonce au préalable, sans vraiment connaître l’histoire, afin de le découvrir sans aucune idée préconçue. Je n’étais donc pas au courant de la présence de Scarlett Johansson dans le film. J’adore cette actrice et donc, bien que sa première apparition soit un peu floue, je l’ai reconnue tout de suite, pensant que j’avais fait le bon choix de film à voir.
Elle prouve, une fois de plus, sa qualité d’actrice dans ce rôle de mère seule (son mari étant au front) élevant un fils idéalisant la doctrine nazie, alors qu’elle pense l’opposé. Malgré ses propres convictions, son désir de venir en aide aux oppressés, elle laisse le temps à son fils de comprendre par lui-même la réalité de la guerre. Elle ne l’empêche pas de faire partie de la jeunesse hitlérienne, d’avoir un discours antisémite, mais par son comportement et ses propos, Rosie essaye de convaincre son fils de ne pas grandir trop vite. Ils débattent, se disputent et Johansson interprète ce rôle à merveille. Elle joue d’intonations et de ses expressions faciales, de ses mouvements, et le duo avec Roman Griffin Davis fonctionne parfaitement !

En parlant de Roman G. Davis, c’est une véritable découverte ! Il offre une sacrée performance dès les premières secondes du film. Si jeune, ce garçon fait preuve d’une maturité artistique incroyable et promet déjà un bon avenir dans l’industrie. Il met tout son cœur à la tâche, incarnant ce petit nazi avec une détermination inébranlable. Davis s’investit de tout son être ; sa gestuelle, ses expressions faciales suffisent à nous faire comprendre ses intentions et émotions. Nul besoin de paroles pour comprendre et faire preuve d’empathie envers ce personnage.

Un autre acteur excellent réalise Jojo Rabbit : Taika Waititi. Précédemment, je n’avais vu qu’un seul de ses films : Thor Ragnarok, qui, au niveau de la réalisation, reste le meilleur des trois Thor, à mes yeux. Pour Jojo Rabbit, sa mise en scène est ingénieuse et très artistique, comme je l’ai dit ci-dessus. Je me réjouis de découvrir ses prochaines œuvres car son œil de réalisateur me plaît énormément.
Ici, je souhaite parler de son interprétation très juste et déjantée d’Hitler, ami imaginaire d’un garçon de 10 ans. Drôle, son comportement rappelle celui d’un enfant, ce qui est logique puisque, dans ce contexte, il sort de l’imagination d’un garçon. Ses émotions prennent le dessus, que ça soit dans la bonne humeur, dans les caprices ou encore les crises de colère. Waititi est hilarant dans ce rôle décalé de l’adulte au caractère d’enfant. Plusieurs scènes amènent de la légèreté naïve et enfantine, donc beaucoup contiennent le personnage d’Hitler. C’est assez paradoxal de se dire que les scènes avec Adolf Hitler amènent de l’humour et de la légèreté à un film, non ?

Au final, ce film se montre éblouissant par le talent des acteurs, poétique par son esthétique artistique et touchant par son histoire. Un film à découvrir et redécouvrir pour le plaisir de tout un chacun !
Harmonie 🖋️