4 Sœurs, 3 Villes, 2 Époques, 1 Histoire…

Si Meryl Streep est dans un film, ce film m’intéresse, je veux le voir…
Si Emma Watson, héroïne de mon enfance, est dans un film, je n’ai qu’une idée en tête : voir ce film.
Un nouveau film réalisé par une femme est annoncé au cinéma, je suis intriguée… Il s’agit de la septième adaptation de Little Women (Les quatre filles du Dr March), histoire que j’aime beaucoup, on m’annonce Meryl Streep et Emma Watson à l’affiche, c’est une certitude, je vais voir ce film.
Malgré quelques petits défauts, ce film m’aura énormément plu, à l’arrivée.

Entre une actrice principale qui porte le film sur ses épaules, un jeu sur la temporalité, une qualité d’image à l’âme nostalgique agréable et des costumes et musiques d’époque, le film de Greta Gerwig s’avère être une réussite.
Les têtes d’affiche du film, un melting pot de talent, consistent l’un de ses points forts indéniables. J’avoue cependant être déçue du manque de présence de Meryl Streep et Emma Watson à l’écran. Bien que l’on nous raconte l’histoire des quatre filles du docteur, seules deux sont vraiment au cœur de l’histoire : Josephine (Jo) et Amy.


Ronan et Pugh sont absolument formidables, sans aucun doute. Saoirse trouve sa place de rebelle à l’âme d’artiste et l’esprit libre. Florence, quant à elle, est mon coup de coeur dans Little Women ! Son personnage évolue sur les deux temporalités et campe le point le plus positif du film. Sa voix, sa gestuelle, sa personnalité donnent vie au personnage d’Amy et la performance de l’actrice est simplement géniale.




Je regrette que l’histoire ne pousse pas plus loin et ne creuse plus les rôles de Marmee (Laura Dern), Meg (Emma Watson), Beth (Eliza Scanlen) ou encore de la tante March (Meryl Streep). Ces actrices sont très talentueuses, Meryl est une étoile dont personne n’arrive à la cheville à l’heure actuelle, et aucune d’elles n’a l’opportunité de briller et montrer son talent. Malheureusement, nous aurions dû avoir un film de 4 à 5 heures si on devait découvrir l’histoire de chaque femme de la famille March.
Emma Watson n’a pas l’air entièrement à l’aise avec ce rôle, ou, nous n’avons pas eu l’opportunité de voir son rôle être développé à l’écran, ce qui cause une forme d’incompréhension pour certaines scènes. En tant que grande fan, je reste sur ma faim par rapport à sa place dans le film car nous ne la découvrons pas assez, que nous ne profitons pas de son talent et de ce qu’elle aurait pu apporter au film.
Je ne connais pas bien Eliza Scanlen, mais j’ai trouvé ses scènes très justes dans le film et aurais beaucoup aimé apprendre à la connaître un peu plus, et découvrir son talent un peu mieux…
Laura Dern est une actrice que j’apprécie et le rôle de Marmee, mère aimante, femme forte aux idées bien trempées et au désir d’élever des femmes fortes qui savent ce qu’elles veulent et travaillent pour l’obtenir, est un personnage très intéressant qui manque de développement également.




Les acteurs méritent aussi d’être salués. Timothée Chalamet (Laurie), James Norton (John), Chris Cooper (Mr. Lawrence) et Louis Garrel (Friedrich) interprètent leur rôle de manière assez juste. Garrel est un très bon acteur, sans doute, mais son personnage arrive un peu comme un cheveu dans la soupe, on ne sait pas qui il est vraiment, d’où il vient, etc. L’histoire de son personnage n’est pas assez développé, tout comme sa relation avec Jo qui n’est absolument pas construite à travers le film.
Chris Cooper n’a plus rien à prouver à personne ! Il est doué, calme, telle une force tranquille. Son rôle est très peu développé mais bien situé dans l’histoire, facilitant l’attachement du spectateur à son égard. J’aurais aimé que sa relation avec Beth soit un peu plus développée afin de montrer le talent des deux acteurs et de comprendre leur personnage encore mieux.
Timothée Chalamet est celui que l’on découvre le plus par sa présence centrale dans une des histoires du film. Quelle que soit la temporalité, Laurie est un personnage principal et l’acteur est attachant, émouvant et tellement doué que le spectateur ne peut que l’aimer.
James Norton est peu à l’écran, mais son personnage est charmant et tellement humble que j’aurais aimé en apprendre plus sur lui, qui il est, d’où il vient et comment il a atterri là…

L’histoire se passe en deux temps : durant la Guerre de Sécession et 7 ans plus tard. J’aime beaucoup ce genre d’histoire où, par des flashbacks, nous comprenons comment nous sommes arrivés dans la situation présente, et que l’on découvre, en même temps, comment l’histoire se déroule pour découvrir où nous allons arriver.
Ici, la qualité de l’image et les couleurs servent d’indicateurs temporels. La qualité pellicule aux couleurs sombres nous place à l’instant présent, les couleurs vives nous ramènent 7 ans plus tôt, lorsque la dure réalité de la vie adulte n’est pas encore concrète. Les deux temporalités racontent ce passage de l’enfance à l’âge adulte, qui, à l’époque, est marquée par le mariage, pour les femmes.
La question du mariage est également se trouve, également, au centre du film puisque les filles ont toutes une vision différente sur le sujet, de la vieille fille à la rêveuse d’une vie de famille, en passant par la pragmatique qui comprend les enjeux économiques d’un mariage. Ce questionnement, très moderne quand je pense à mes propres conversations entre filles, est au cœur de l’histoire.

Un autre point transversal de l’historie est la place de l’art dans la vie des sœurs March. Une sœur aime jouer la comédie, une autre qui rêve d’écrire, la troisième qui cherche la reconnaissance par la peinture et la dernière qui se complaît dans la musique. J’ai adoré que l’émancipation de ces femmes passent par l’art, les idées, mais que la réalité est toute autre. Bien qu’elles rêvent d’être artistes, elles ont un plafond de verre au-dessus de la tête, les hommes cadenassent toujours l’accès au succès !
Les dialogues autour de ces sujets et de la place de la femme dans ces milieux sont assez fascinants et certains me resteront en tête pour de nombreuses années !
Je fais également un aparté pour aborder un choix de réalisation que j’ai particulièrement apprécié : l’écriture de lettre. Gerwig décide de montrer l’acteur/trice commençant l’écriture à la main, puis on le/la voit en face-caméra dictant la lettre (le quatrième mur, rappelez Birds of prey). Je trouve que cette façon de faire implique encore plus le spectateur dans l’histoire. Il devient le personnage à qui s’adresse la lettre. J’adore ce mécanisme !

En bref, malgré des personnages trop en retrait, pas assez développés, un personnage sorti de nul part, Greta Gerwig arrive à rendre une histoire universelle, connue, reconnue, adaptée et réadaptée, intéressante et très agréable à (re)découvrir au cinéma. Well done !
Harmonie 🖋️